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Revue de presse

Bernard, Yves. 2016. "Le gnawa hors-norme du Trio Nomad’s Land". Le Devoir, Montréal, 20 octobre.

C’est une musique de racines, très ancienne, un brin mystérieuse, spirituelle et religieuse, venue au Maroc par l’Afrique noire. Cette musique gnawa, le Trio Nomad’s Land la porte vers d’autres chemins en lui insufflant délicatement des éléments de jazz et de musiques indiennes, classiques et contemporaines, et en lui ajoutant une quinzaine d’instruments : principalement les percussions de Bertil Schulrabe et les flûtes de Guy Pelletier. Mais à la base, le répertoire est celui de Saïd Mesnaoui, qui fut le premier musicien à faire rayonner ici le gnawa dès les années 1980. Avec ses complices, il lance le premier disque du trio ce jeudi à L’Astral.

« Le gnawa est une tour magnifique qui ne cesse de grandir depuis des siècles, dominant le désert alentour. Le Trio Nomad’s Land ajoute une brique à ce château flottant, arrimant des nuances nouvelles qui ne trahissent pas d’un coma sa noble vieillesse » a écrit en substance et fort justement Damian Nisenson, le directeur artistique de Malasartes, l’étiquette montréalaise qui soutient le premier album du groupe.

Croisement

« C’est une musique que Saïd nous a présentée il y a 27 ou 28 ans », raconte Guy Pelletier. « Pour nous, c’était exotique, et ce qui était drôle, c’est que je jouais dans un beat, pis là je regardais, et des gens dansaient dans un autre beat. J’ai fini par constater que c’était la caractéristique de la musique gnawa que de mélanger des métriques différentes ».

Il y a d’abord le coeur, la pulsion de base qui est lancée par le hajhouj, le luth antique au son de basse, ici porté par Saïd. Et là-dessus, le trio pose ses propres pierres : « Nomad’s Land, c’est le voyage. Tu n’as pas de frontières. Où tu vas, tu peux mélanger ce gnawa », affirme cet ex-Montréalais, installé à Paris, mais qui fait souvent la navette entre les deux villes. Du grand genre marocain, il retient la rythmique et l’esprit général, sans toucher à son caractère religieux. Par sa musique, il ne guérit pas, il soulage, dit-il. Et il porte un regard très critique sur la société.

Laâfou Bali Jana porte sur les disparus : « Jusqu’à maintenant, on les cherche. Ils sont où ? C’est des gens qui sont morts dans l’acide, parce qu’à l’époque d’Hassan II, on les faisait disparaître de cette façon. Il n’y a pas de traces », commente Saïd. Quelques-unes de ses pièces traitent aussi de la guerre, ou plutôt de l’absence de paix, un thème qui lui tient à coeur depuis ses débuts : « On vit dans une époque d’hypocrisie et de guerre. On parle de la paix, mais de quelle paix ? Regarde ce qui se passe en Palestine, en Israël, en Afrique et dans le monde arabe. La paix n’a pas de place et les gens qui aiment faire la paix, on les détruit. La paix n’existe pas parce qu’on ne la veut pas ».

Dire des choses

Saïd est un artiste socialement engagé, ajoute Guy : « Mais la musique ne dit pas ça du tout. C’est comme les musiques latino-américaines. Ça peut être très rythmé et ils disent des paroles épouvantables là-dessus. Celles de Saïd ne sont pas épouvantables, mais c’est toujours les mêmes thèmes qui reviennent ». Parce que la situation le commande, laisse-t-il sous-entendre.

Mais le trio occupe toute son importance et la musique, beaucoup d’espace avec ses improvisations et ses interactions : « On a mis tellement d’heures que tout est intégré, ça fait qu’on peut sortir de nos zones de confort », relate Bertil. « Et on explore. Les tablas indiens, la derbouka, les petits métaux de Guy, des petits moustiques qui se promènent dans la musique et après ça, on se fait des duos ».

Le résultat : superbe, avec ses chansons et mélopées ; ses moments de répétitions, de déconstructions et de reconstructions du gnawa, ses improvisations et, surtout, cette forte complicité apparente des trois vieux compères.

Bernard, Yves. 2014. "Le Trio Nomad's Land". Le Devoir, Montréal, 1er novembre.

Premier musicien montréalais à faire rayonner ici le gnawa dès les années 1980, Saïd Mesnaoui vit à Paris depuis 1997, mais revient sur une base régulière pour créer avec ses partenaires québécois. Si sa musique est fortement teintée du genre marocain, il n’en garde que le rythme et l’esprit général, sans toucher à son caractère religieux. Après avoir lancé le disque La montagne en 1997, puis Fik Anta/Réveille-toi avec le groupe Transe Gnawa en 2008, il s’associe maintenant au flûtiste Guy Pelletier et au multipercussionniste Berthil Schulrabe pour la formation du Trio Nomad’s Land qui se produit dans trois salles montréalaises entre le 1er et le 7 novembre.

C’est un trio singulier qui se présente avec plus d’une quinzaine d’instruments : des flûtes de tous genres, comme la flûte basse, la flûte en do, la flûte alto, le picolo et plusieurs autres. Quant aux percussions, Berthil Schulrabe les frappe et les frotte avec les mains, les ongles et les doigts, en fait sortir les aigus et en varie les rythmiques avec différents instruments, dont le tabla. On le retrouve batteur percussionniste dans plusieurs groupes.

Avec Guy Pelletier, il faisait partie de la formation de Saïd Mesnaoui qui a créé La montagne. Leur collaboration remonte donc à plus d’une quinzaine d’années et le Trio Nomad’s Land reprend des pièces déjà connues du répertoire de Saïd, de même que des nouvelles compositions. L’idée de ce projet vient de Guy Pelletier, un artiste qui oeuvre surtout dans le monde de la musique contemporaine. On l’a connu entre autres avec le Nouvel Ensemble moderne et on le retrouve maintenant dans l’Ensemble Transmission. À cela, ajoutons son travail en musique de chambre avec Panthaèdre et un peu de jazz. Toutes ces influences sont présentes au sein du nouveau trio, qui a comme point de départ ce gnawa ouvert et très rythmique. « C’est plus nous qui allons vers la tradition de Saïd, mais en mettant des arrangements qui font en sorte qu’on utilise les musiques que nous avons apprises », disait Guy Pelletier en entrevue il y a quelques semaines. Sur cette musique, Saïd pose la question de la paix qui n’existe pas : « Les paroles sont un peu engagées, mais quand le public vient nous voir, ce n’est pas triste. On garde l’espoir et on oublie les soucis de la semaine », conclut-il.